Addendum du 30 avril : informations ajoutées plus bas à propos de la Chine et de Taïwan.
Addendum du 14 avril
 : Darjeeling démarre la production avec 25% du personnel, en Assam et Nilgiri avec 50%. La reprise n’est pas uniforme au Sri Lanka et les frontières restent fermées.

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L’Inde est aujourd’hui au coeur d’un confinement de 3 semaines, jusqu’au 14 avril minimum. 
Comme le thé est une industrie très gourmande en main-d’oeuvre, et donc très risquée en terme de contamination, la récolte et la transformation du thé sont suspendues dans presque tout le pays alors que la période des premières récolte bat son plein de fin mars à fin avril.

Le gouvernement avait établi que l’industrie du thé serait exemptée en tant que “service essentiel”, mais les autorités de Darjeeling n’ont pas donné de permission de récolte aménagée (seulement d’irriguer et d’épandre des pesticides) à cause des frontières avec les pays et régions limitrophes (Bhoutan, Népal, Sikkim) d’où viennent de nombreux travailleurs saisonniers. Ces derniers ont également peur de prendre trop de risques.
Á Assam, la permission d’opérer en maintenant une distance de sécurité a été révoquée sous pression de certains lobbys.

Non seulement la « first flush » est purement et simplement annulée, mais le manque d’entretien met en péril la qualité des récoltes suivantes pour plusieurs semaines. 15% de la main-d’oeuvre a été autorisée jeudi dernier à tailler les théiers en respectant les mesures sanitaires. Les feuilles du printemps ne seront ainsi peut-être pas complètement perdues si la récolte est autorisée pour la 3e semaine d’avril.

Les jardins qui intègrent à la fois la culture et la transformation du thé pourraient s’en sortir avec une activité partielle, mais la fermeture complètes des factories qui achètent les feuilles fraîches à des cultivateurs indépendants met en danger la survie de ceux-ci : même s’ils récoltent, les feuilles ne sont pas achetées, ou le seront à bas prix pour les flashes suivantes. A cette période, les plus grosses factories devraient produire des milliers de kg par jour !

Pour mémoire, Assam représente 50% du thé indien avec 800 jardins qui emploient 1 million de personnes. Le Bengale de l’Ouest (Darjeeling, Terai, Dooars) contient 283 jardins avec 450,000 travailleurs (incluant les 40,000 petits producteurs).
Ce sont 150,000t de thé perdues en 3 semaines au Bengale du Nord, plus d’un million si le confinement est étendu à mi-mai (25% de la production annuelle). Les pertes de thé indien sont estimées à 10% du stock global dans les 3 à 6 mois.

En revanche, l’Inde du Sud (y compris la splendide région du Nilgiri) a commencé ou continue la récolte en accord avec les préconisations gouvernementales.

Au Népal, la peur avant même le confinement a remis en cause dès mars la récolte du thé vert de printemps. C’est maintenant toute la chaîne de production qui est suspendue.
Du côté du Kenya, c’est la première semaine sur trois de confinement partiel qui impacte notamment le port majeur de Mombasa, d’où partent les expéditions de thé et où se tiennent les enchères.
Au Sri Lanka, les opérations ont repris après une période de couvre-feu.

A Taïwan, les récoltes suivent leur cours normal en respectant les consignes d’hygiène et de sécurité, sachant que le territoire a eu l’une des réponses les plus rapides et efficaces à la pandémie dès le début. La tenue de la récolte et de la production a donc pu être anticipée pour assurer la qualité des thés 2020.

En Chine, les récoltes ont repris du Nord au Sud depuis mi-avril, en respectant les distances de sécurité et les mesures sanitaires. Le principal problème concerne la main-d’oeuvre : des régions comme le Zhejiang ou le Jiangsu font appel à des travailleurs du Hubei ou du Guizhou qui peuvent difficilement se déplacer. Le prix de la main-d’oeuvre augmente et met une pression financière sur les jardins, alors que le thé doit absolument être récolté pour en assurer la qualité finale. Il est ainsi recommandé de mécaniser la récolte et la transformation du thé dans le futur pour minimiser l’impact des prochaines crises similaires.
Comme les ventes en salle d’enchères et les chaînes logistiques sont mises à mal, le thé fraîchement produit n’est pas assuré d’être vendu, sauf par Internet. Au niveau de l’export, les contrôles des douanes se sont tellement intensifiés pour toutes les importations de produits chinois que cela décourage beaucoup d’acheteurs.

Du côté positif, les acheteurs font tout leur possible pour acheter le thé existant pour répondre à l’envolée de la demande des consommateurs : l’excédent de stocks de l’an dernier est ainsi épongé, permettant d’ajuster les prix de nouveaux arrivages au mieux du marché. Espérons que cette augmentation motivée par une offre raréfiée trouvera son chemin jusqu’aux jardins qui en ont cruellement besoin : après une chute des prix au plus bas depuis 11 ans, la suspension totale ou partielle des opérations pourrait bien s’avérer fatale pour de nombreux acteurs.
Toutefois, il reste compliqué pour les acheteurs de commander du thé sans avoir pu se déplacer sur place, ou recevoir des échantillons. Il faut la réputation du jardin et la confiance de relations commerciales durables pour placer des commandes à l’aveugle. Sans cela, le problème au-delà de la récolte est de se mettre en contact avec des importateurs encore en activité.

En ce qui concerne Thé Bon Thé Bio, il nous reste du stock de thés d’Inde, et nous faisons tout notre possible pour que les livraisons venant des importateurs allemands nous parviennent.

Sources :
Hindustan Times
World Tea News
Financial Times
Business Standard
My Republica

Photo de couverture : Boudhayan Bardhan

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